Orient-Occident, passerelles arc-en-ciel

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L’Institut Charles Cros propose depuis 2007 des parcours et des manifestations artistiques

qui associent des esthétiques, des réflexions et une démarche éthique entre Orient & Occident. Ces projets conjuguent en effet un engagement humaniste avec des espaces insolites, en partenariats multiples.img_4536

La série des sept manifestations organisées entre décembre 2008 et 2009 avait pris le titre explicite : Orient-Occident, des passerelles arc en ciel et associait sur six mois des espaces tels que l’Université de Versailles Saint-Quentin, le Musée de L’Homme (place du Trocadéro), l’Institut Universitaire de Technologie (Paris 8-Montreuil, 93100) et le Dansoir de Karine Saporta (BnF), avec le soutien de structures telles que la Maison des Sciences de l’Homme Paris-Nord, l’association Puls’ Art et le master SACIM (Site du Chesnay, UVSQ).

L’artiste et pédagogue Éléonore de Lavandeyra-Schöffer avait confié pour inventaire et indexation à Sylvie Dallet (Centre Pierre Schaeffer) les archives de l’association musicale CEMO, Orient-Occident, qu’elle avait fondé dans les années 1960. Depuis 2000, le thème d’Orient-Occident est développé à l’Institut Charles Cros sur des modalités artistiques démultipliées et originales, telle qu’à l’IUT de Montreuil-sous-Bois en décembre 2007 avec la chorégraphe et danseuse de Camille Renarhd, puis en mars 2009 avec l’exposition de Suzy Tchang « Mandalas et Orients intérieurs » en lien avec des ateliers musicaux des enfants Rroms de Montreuil et les poèmes de Georges Friedenkraft et de Jeanne Gamonet et en mai 2010 avec la danseuse soufie Ava Farhang, lors de l’exposition de Catherine Raynal.

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Sculpture en fil de Yin Zhue (artiste présenté en 2013 lors du Festival des Arts ForeZtiers)

Le thème O-O s’est également invité en 2013 à Chavaniac Lafayette, lors de la troisième édition des Arts ForeZtiers, avec une allégorie réalisée en peinture et encre noires par les artistes chinois, le peintre Jin Yishue et le calligraphe Yanfei Chen « Le futur sera t’il bon ? » dans les préaux du Mémorial Lafayette-Préventorium, qui accueillirent les orphelins rescapés de la guerre de 1914-1918 : Français, Russes, Arméniens, Américains, unis dans un brassage fraternel qui symbolisait la geste du héros des « Deux Mondes », l’aristocrate des Lumière et des Révolutions, Gilbert Lafayette…

Parmi ces manifestations plurielles et inventives, plusieurs ont donné lieu à des images ou des récits sensibles qui conjuguent l’éthique et la beauté. Certaines sont devenues, au fil des ans, emblématiques de nos actions de lien international :

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Cérémonie d’alliance Seine-Amazone Kichwa Sarayaku

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la navigation en pirogue amazonienne sur le canal de l’Ourcq (photo Sylvie Dallet)

L’hommage aux Kichwa de Sarayaku (Équateur)

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Conférence de José Gualingua Montalvo (traduction Corinne Arnoult)

en Ile de France (partenariat association Frontière de Vie, chemins de fleurs par le récit de Sylvie Dallet, « Le paradoxe Sarayaku ») et lors du premier festival des Arts ForeZtiers à Chavaniac Lafayette en 2010 l’atelier Visages de l’Humanité, quarante-quatre tuiles peintes par les enfants et les adultes pour soutenir le combat des Sarayaku contre la déforestation de leur territoire amazonien. L’Institut Charles Cros était présent également en 2016  pour la cérémonie d’alliance entre la Seine et l’Amazone, mise en scène par les Kichwa sur le quai de l’Ourcq.

L’hommage à la Maison Kiso (Japon),

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L’intérieur de la maison Kiso (photo Sylvie Dallet)

organisé au Musée de l’Homme pour décembre 2008, à l’initiative de l’ethnologue Jane Cobbi et en partenariat Musée de l’Homme et EHESS. La maison Kiso était l’humble maison d’une tisserande de chanvre, trésor vivant de la région de Nagaro, confiée à Jane Cobbi pour la transmettre à la France. Cette Maison Kiso a donc voyagée jusqu’en France, témoin du savoir-faire d’une femme artisane, dépositaire d’un savoir millénaire. Cependant la Maison Kiso, bâtie au XIXème siècle, a connu de multiples tribulations et délocalisations jusqu’à son arrivée aujourd’hui au Jardin d’Acclimatation. L’Institut Charles Cros (co-organisation du projet : Pierre Bongiovanni, Sylvie Dallet, Guillaume Legrand, Josiane Lépée) avait organisé le 20 décembre 2008 un exceptionnel hommage à la Maison Kiso qui a contribué à la préserver de l’oubli et soutenir l’œuvre de mémoire initiée par Jane Cobbi.

 Le site de Guillaume Legrand collationne les photographies de cette expérience collective, menée alors qu’il était secrétaire général de l’Institut Charles Cros.

« Jusqu’aux offrandes aux divinités sur les autels des ancêtres, des cultes shinto et bouddhiste, comme si elle était encore habitée, dans une campagne reculée de l’archipel nippon Imposante : cent mètres carrés, avec son toit bardé de tuiles de cyprès et sa dizaine d’essences pour les sols, murs et cloisons (pin rouge, mélèze, châtaignier, orme de Sibérie, chêne…), elle embaume le bois. Posée sur des pierres volcaniques, comme elle l’était dans une vallée de Nagano, sa beauté rustique est intacte. Elle est arrivée en France en 1999, à l’initiative de l’association La Maison de Kiso, fondée par l’ethnologue Jane Cobbi – qui l’avait reçue des descendants de Tami Hatanaka, la dernière grand-mère à tisser le chanvre -, et grâce au mécénat d’entreprises japonaises et de l’ambassade du Japon. Après huit années passées en caisses, elle a abouti au Musée de l’Homme… (Le Monde 2, 31 janvier 2009)

Albert Camus écrivait naguère dans l’Été : « Il y a la beauté et il y a les humiliés. Quelques soient la difficulté de l’entreprise, je ne voudrais ne jamais être infidèle ni à l’une, ni aux autres ».

Fin 2008, année de célébration du 150e anniversaire des relations franco-japonaises, une maison en bois venue de Kiso (région de Nagano, au centre du Japon) a été présentée au Musée de l’Homme pour la première fois au grand public.

Construite au XIXe siècle avant l’ère Meiji, cette maison avait été démontée en 1997 pour être donnée à la France, et installée au Palais de Chaillot au début de 2007, grâce à un important mécénat, surtout japonais, en vue d’une exposition de plusieurs années qui devait commencer en 2008, et n’a pas pu été réalisée en dépit des 300.000 euros qui avaient été investis jusque là.

La question du devenir de cette maison se pose de façon cruciale aujourd’hui, des travaux de rénovation étant prévus au Musée de l’Homme à partir de la fin de l’année 2009.

Comment assurer la préservation et la valorisation de ce bien du patrimoine japonais qui a été confié à une institution française ?

Le débat a été engagé par une journée de rencontres organisée le 20 décembre 2008, autour de cette maison : conférences et table ronde, ponctuées d’intermèdes présentés pour l’essentiel dans la salle Jean Rouch du Musée.

Des conférences ont été présentées à partir de 14h, sur le thème « Une maison japonaise entre durable  et mobile »

– Le durable et l’éphémère, le statique et le mobile, questions d’éthique et d’esthétiquepar Jane Cobbi, ethnologue.

 – Une maison venue du Japon, un symbole fort pour l’Occident, par Sylvie Dallet,historienne, qui invitait à prendre le temps de la réflexion et de l’évaluation du potentiel de cette maison. Une décision prise trop vite de démonter cet édifice unique en France pourrait en effet avoir des conséquences graves, sinon désastreuses. Et ceci d’autant plus que des réductions budgétaires peuvent toujours conduire (en le justifiant) à changer les projets culturels. Cette éventualité doit être prise en compte sérieusement.

 La maison de Kiso, une cybernétique éloquente et discrète, par Pierre Bongiovanni, cinéaste, plasticien, qui préconise de ne pas limiter le débat aux questions d’ordre logistique, mais de nous soucier aussi du rôle scientifique et pédagogique, et des moyens de « fonctionnaliser » cette maison, dont la présence ici est importante pour la transmission des valeurs.  Surtout, cette maison doit être traitée comme un don précieux, avec le respect qui s’impose. Après sa communication, le cinéaste a présenté le montage photographique de 13 minutes, et l’enregistrement qu’il a effectué dans la maison de Kiso, sur les conditions de cette acquisition, et sa portée. 

Vers 16h, sous le titre « Préserver une maison en bois de 150 ans », un power-point était présenté et commenté par M. Furihata, architecte responsable du transfert technique de la maison japonaise (démontage dans la région de Kiso en 1997, contrôle des matériaux en 2004, remontage au Musée de l’Homme en 2007), avec des commentaires de M. Frédéric Martorello, architecte du patrimoine spécialisé en charpenterie, et enseignant à la Cité de l’architecture .

En montrant des photos significatives du démontage et du remontage qu’il a effectués de cette maison, à 10 ans d’intervalle, M. Furihata montre quelques-uns des points sensibles, les difficultés de ces opérations, et les risques de détérioration qu’encourt l’édifice par une intervention non complètement maîtrisée. Il indique aussi les effets néfastes de démontages et remontages répétés : la détérioration des pièces de bois peut même entraîner la nécessité de les remplacer par de nouvelles. Il s’agit à la fois d’un document d’histoire et d’un objet fragile, qui doit être traité avec un soin extrême et une attention minutieuse.

Puis une Table ronde intitulée « Perspectives d’ouverture », animée par M. W. IwamotoDirecteur des sciences sociales, recherches et politiques à l’Unesco, réunissait M. G. Baud-Berthierdirecteur du Musée Albert-Kahn, M. S. Bahuchet, directeur de département au Museum national d’Histoire naturelle, et M. M. Aymard, ancien administrateur de la Maison des Sciences de l’Homme, Paris.

Chaque présentation, d’environ 10 minutes, était suivie d’un échange de questions/réponses avec le public.

Pour terminer,  ont été présentés des aspects peu courants de la culture japonaise ; chants diphoniques par  l’ethnomusicologue Tran Quang Hai, récital de shakuhachipar Denys Rohfritsch, et tir à l’arc de cérémonie par la fédération française de kyûdôtraditionnel, sous la responsabilité du 6ème dan  Claude Luzet.  Ces « animations » ont été suivies d’un verre, et de la visite de la maison de Kiso par de nombreux groupes de 5-6 personnes, qui prenaient patiemment leur tour en une longue file d’attente.

Objectif et message du symposium.

Reprenant l’essentiel des arguments développés par les intervenants, l’animateur, M. Iwamoto a rappelé, dans son résumé de synthèse, la valeur scientifique et pédagogique de cette maison, puis l’engagement du Musée de l’Homme et la responsabilité de son organisme de tutelle, le Museum National d’Histoire naturelle, face à l’importance et à la qualité de l’implication internationale dans cette action.

En rappelant que, pour entrer dans une période de travaux de rénovation à l’automne 2009, le Musée de l’Homme envisagerait le démontage de cette maison dès le printemps 2009, l’animateur exprime le souhait que le Museum et le Musée de l’Homme prennent en compte les réflexions, les propositions et les craintes qui ont été exprimées au cours de cette réunion. Compte tenu de la complexité de la situation, et de l’importance des enjeux, il convient d’éviter des choix hâtifs, susceptibles d’être remis en question par la suite, quand il sera trop tard.

En conclusion, M. W. Imamoto exprime le souhait que cet appel à la prudence soit transmis aux autorités  décisionnelles comme résumant la tonalité générale de cette réunion.

M. Bahuchet ayant souligné que toute habitation porte témoignage de la vie sociale, M. Iwamoto précise que cette maison est significative, tant pour comprendre la vie quotidienne des Japonais que différents aspects de la culture du Japon, les rapports sociaux, et même la structure mentale des Japonais. Puis, comme membre du comité scientifique de l’association créée pour la défense de cette maison, il rend hommage à la confiance des Japonais et des Français qui ont accepté de coopérer à la réalisation de ce projet.

M. Aymard rappelle aussi que ce projet, soutenu par l’Ambassade du Japon en France, l’Ambassade de France au Japon, des mécènes des deux pays, des personnalités et des chercheurs français et japonais, est emblématique des relations entre la France et le Japon. Il appelle, comme M. Bongiovanni, à une prise en considération du geste de don généreux fait à la France, et insiste sur l’aspect innovant de ce don qui  contribue à transformer la relation même des musées avec les pays d’origine des objets exposés, dans le sens d’un rapport  d’égalité (ou ? ?). Dans le cas présent, le Japon peut s’expliquer et se présenter lui-même aux autres, au lieu d’être l’objet passif d’un regard extérieur porté sur lui, ce qui est assez rare et nouveau pour qu’on le retienne. L’expérience aura valeur d’exemple, et elle ne doit  (en aucun ca s ??) pas devenir le modèle de l’occasion perdue

Pour terminer, M. Aymard pose la question de savoir si un plan B est prévu, pour le cas où le plan A (le remontage envisagé à Chèvreloup, près de Versailles) se révélait impossible ou était abandonné pour un motif ou un autre.

Enfin, une grande partie du public qui n’était pas disponible le 20 décembre, veille de Noël,  a demandé que cette opportunité lui soit de nouveau offerte pour une autre date ; cette journée pourrait ainsi  trouver un prolongement prochainement, par l’organisation de visites de la maison (plus de 40 personnes en ayant laissé la demande) et la mise en place d’une  autre table ronde, qui porterait sur lesspécificités architecturales de la maison.

 La Maison de Kiso – Conférence du 20/12/2008 – Diaporama

La maison Kiso, conférence du 20 décembre 2008 au Musée de l'Homme, salle Jean Rouch

La maison Kiso, conférence du 20 décembre 2008 au Musée de l’Homme, salle Jean Rouch

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Conférence, Frédéric Martorello (architecte du patrimoine), Jane Cobbi (ethnologue)

Conférence, Frédéric Martorello (architecte du patrimoine), Jane Cobbi (ethnologue)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Conférence, Pierre Bongiovanni (cinéaste plasticien), Jane Cobbi (ethnologue), Sylvie Dallet (Institut Charles Cros)

Conférence, Pierre Bongiovanni (cinéaste plasticien), Jane Cobbi (ethnologue), Sylvie Dallet (Institut Charles Cros)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voix des profondeurs par Tran Quang Hai (ethnomusicologue)

Voix des profondeurs par Tran Quang Hai (ethnomusicologue)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Cérémonie de Tir à l'arc, par Claude Luzet (fédération de kyûdô traditionnel, Montreuil)

Cérémonie de Tir à l’arc, par Claude Luzet (fédération de kyûdô traditionnel, Montreuil)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Kyûdô, fédération de Claude Luzet

Kyûdô, fédération de Claude Luzet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

File d'attente devant la maison Kiso

File d’attente devant la maison Kiso

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Maison de Kiso – Diaporama

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